L’ANIMAL ET L’ENFANT

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture n°256 du 6 mars 2017 sur Bric à Book

© Vincent Héquet

Ses devoirs terminés, Asako était partie en courant se réfugier dans la forêt.
Elle s’y rendait aussi souvent que possible – dès que le rythme scolaire très soutenu dans son pays le lui permettait – pour y trouver la douceur et la quiétude absentes dans son environnement familial.

Asako était une enfant active et enthousiaste mais aussi très sensible, affectueuse et généreuse. Pourtant, son impatience prenait régulièrement le dessus et son esprit de contradiction avaient le don d’énerver son entourage. Trop volontaire et autonome pour son âge, elle avait du mal à se plier à l’autorité de ses parents avec lesquels elle entrait fréquemment en conflit. Elle se sentait alors incomprise et venait épancher son chagrin auprès de la mer d’arbres, devenue son havre de paix. Elle s’asseyait sur la racine de son chêne préféré pour ruminer sa peine, se consoler de l’incompréhension dont elle était l’objet et se retrouver seule.

Pourtant, seule elle ne l’était pas vraiment, car dès qu’elle s’installait et entrait en contact avec l’arbre de vie, un jeune cerf apparaissait à quelques mètres d’elle pour l’accompagner dans sa quête de sérénité.
Semblant venir de nulle part, il la fixait de son regard doux et bienveillant, l’invitait à la méditation et l’aidait à retrouver son calme. Prudent, il restait à distance pour lui prodiguer ses conseils et jamais la petite, qui en mourrait d’envie, n’avait tenté de l’approcher.
Ce jour-là, l’enfant se sentait trop triste pour communier avec son compagnon et ne le regarda pas. Les grosses larmes qui coulaient de ses petits yeux bridés inondaient son visage et toute son attention se noyait dans sa peine. Un long moment dépourvu de contact entre ces deux êtres solitaires s’écoula ainsi. Puis le cerf comprenant le désespoir de l’enfant, s’approcha plus qu’à l’accoutumée. Lui dont la prudence n’était plus à prouver, avança tant et si bien qu’il ne fut bientôt plus qu’à un mètre de la petite.

Asako, qui de son corps avait pleuré toutes les larmes, en essuya les restes d’un revers de manche et leva la tête.

D’abord interloquée par la proximité de l’animal et la confiance qu’il lui témoignait, elle se sentit aussitôt envahie d’un sentiment de reconnaissance mêlé de curiosité, de tendresse et d’affection. Rassuré par la réaction de la fillette et la gentillesse qu’il pouvait voir dans ses yeux encore rougis par les larmes, le cerf se délesta de sa méfiance instinctive, s’approcha et ne laissa qu’une encolure entre lui et l’enfant. Tous deux magnétisés – lui par son innocence, elle par son regard perçant – ils continuèrent un court instant à se jauger et à découvrir leurs qualités respectives.
Puis, doucement, l’invitant aux caresses qu’elle voulait lui prodiguer, Asoka tendit humblement son petit bras vers le cerf immobile. Tranquillement, elle attendit encore de longues minutes, sans se douter qu’à travers ce temps suspendu, le bel animal voulait lui inculquer la patience. Enfin, estimant que l’attente avait assez durée, il allongea son cou et posa son fin museau dans la petite main franche et innocente qui lui était tendue. Irradiée par son contact, Asako dont le cœur et l’esprit venaient d’être blessés, se sentit dès lors apaisée et guérie.

C’est ainsi que naquit et fut scellée à jamais une belle amitié entre l’animal et l’enfant.

©Jos Gonçalves le 6 mars 2017


 

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