LA SAVEUR DU RENOUVEAU

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture n°242 du 28 novembre 2016 sur Bric à Book

© Vincent Héquet

Le train roulait depuis une demi-heure et elle regardait le paysage défiler à vive allure et s’éloigner derrière elle sous le ciel immobile.

Enfin sereine et apaisée, elle avait posé sur la tablette ses lunettes de soleil chaussées quelques heures auparavant pour cacher ses yeux rougis par les pleurs et le chagrin.
Elle avait passé la nuit à faire le sinistre constat de sa vie et de ce qu’était devenu son couple. Durant de longues heures elle avait versé toutes les larmes de son corps – de son cœur aussi – et s’était noyée dans les eaux troubles de sa tristesse. Quand enfin le jour s’était levé, elle avait compris que son départ était sa seule issue de secours et que son éloignement, bien que triste et inéluctable, n’en était pas moins salvateur. De mauvaise grâce, elle s’était résolue à réserver son aller simple pour une vie meilleure, avait imprimé son billet de train – le laissez-passer pour son bonheur – et jeté quelques affaires dans son bagage à main. Puis elle était sortie de son appartement et en avait fermé la porte à double tour, se détournant définitivement de ce lieu témoin de ces jours heureux et de ces pires cauchemars.

Dans le taxi qui l’avait amenée à la Gare, elle s’était sentie mieux car déjà libérée du joug humiliant et tyrannique de celui qu’elle avait cru être l’homme de sa vie. Et si l’instant d’avant, son départ avait eu le gout amer d’une fuite, il avait maintenant la saveur du renouveau. Ne plus être soumise, ne vouloir que le bonheur et tout faire pour s’en approcher. Ne pas dévier de son but, tenir le cap malgré la tempête pour en sortir grandie. Etre assez forte pour ne pas se laisser influencer par son amour et submergée par sa sensibilité. Ne pas faire marche arrière. Refuser de subir la vie, la prendre en main et choisir le sens qu’on veut lui donner…

Elle en était persuadée maintenant : elle ne fuyait pas, elle allait de l’avant.

Alors, quand elle était montée dans le train et s’était installée à la place qu’elle avait réservée, c’est avec bonheur qu’elle avait constaté qu’elle allait voyager dans le sens de la marche.
Ainsi, elle n’était pas partie à reculons et n’avait pas vu sa vie fuir devant elle, ne l’avait pas regardée se réduire et devenir tout à fait invisible.

Elle avait juste laissé derrière elle ce passé qu’elle ne pouvait effacer mais sur lequel elle était enfin parvenue à tirer un trait.

©Jos Gonçalves le 27 novembre 2016


 

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