DEBRANCHE !

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture n°232 du 15 septembre 2016 sur Bric à Book

© Romaric Cazaux

Cela faisait vingt minutes qu’elle piochait dans les photos éparpillées sur la table et chacune d’elles la projetait à des périodes différentes de sa vie, lui remémorant des instants passés et des jours heureux qu’elle avait occultés.

Toute à son bonheur, elle fut particulièrement touchée par la photo quelle venait de prendre au hasard et qu’elle tenait entre ses doigts. Ils étaient installés sur leur chaise longue, journal sur les genoux et portable à la main. Elle ne se souvenait pas précisément de cet instant figé sur le papier mais plutôt de l’ambiance du moment et de la vie d’alors.
Elle ferma les yeux et se rappela.

Passionnés par l’actualité, ils dévoraient chaque jour de nombreux journaux et magazines nourrissant ainsi leur curiosité. Réel moment de plaisir quotidien, leur lecture était aussi l’occasion de deviser ensemble de son contenu et de vivre des moments de partage d’une agréable saveur.

Tout avait changé à l’arrivée des nouvelles technologies.

Le téléphone mobile fit son apparition, simplifia les contacts et suscita leur enthousiasme et celui d’un grand nombre de membres de leur entourage. Puis, quand il devint bien plus qu’un simple téléphone, qu’il leur offrit la possibilité d’accéder à internet et de satisfaire ainsi leur besoin d’information, ils furent littéralement fascinés. Le champ du possible s’élargit, une nouvelle porte sur le monde s’entrouvrit ; ils la poussèrent avec allégresse.

Mais pris dans le tourbillon de la toile, ils s’enfermèrent lentement dans une bulle virtuelle. Accros au Net, ils ressentirent le besoin irrépressible de le consulter sans cesse, de peur de louper une information essentielle. Ils écourtèrent les repas, les discussions et tous ces bons moments qui les avez rapprochés.

Ils ne prirent pas conscience que la quantité d’informations prenait le pas sur sa qualité ; qu’ils brassaient ce qu’ils lisaient plus qu’ils ne le comprenaient. Ils ne réalisèrent pas que non contente de tuer l’information, la surinformation détruisait aussi l’imagination ; qu’elle les empêchait de se concentrer et de penser par eux-mêmes. Dès lors, leur cerveau fonctionna en mode « multitâche » traitant en surface un grand nombre d’informations et non dans le détail un petit nombre.

Ils étaient devenus hyperactifs du net.

Puis un jour, au détour d’une de ses navigations sur la toile, elle tomba sur un article traitant de la « cyberaddiction ». Elle découvrit ce mal dont elle n’avait jamais soupçonné l’existence et devina simultanément qu’ils en étaient atteints. Elle comprit qu’il y avait urgence ; qu’il fallait se dépêcher de ralentir le rythme, de revenir à ces petits bonheurs simples que sont les moments de partage. Ils devaient déconnecter, se désintoxiquer pour revenir à l’essentiel.

Elle sourit. Il y a quelques semaines encore, accaparée par le Net et coincée dans sa toile, elle n’aurait pas eu le réflexe de regarder ces photos, ni consacré du temps à le faire. Il y a quelques semaines encore, elle aurait entendu sans vraiment les écouter, les paroles de la chanson que la radio diffusait fort opportunément

Le monde tient à un fil
Moi je tiens à mon rêve
Coupe les machines à rêves
Ecoute parler mon cœur

Débranche, débranche tout
Revenons à nous *

*France Galle

©Jos Gonçalves le 14 septembre 2016


 

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