RENDEZ-VOUS AVEC LE FUTUR

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture n°254 du 20 février 2017 sur Bric à Book

© Julien Ribot

Encore cinq minutes… Cinq minutes avant que sa vie ne bascule !
Son cœur battait à tout rompre et malgré la température fraîche, son corps était brûlant et semblait se diluer dans les sueurs froides qui l’inondaient.
Dès son entrée dans la Gare Montparnasse, elle avait consulté le panneau des arrivées pour savoir où s’arrêterait le train de celui qu’elle allait rencontrer pour la première fois.

Elle avait alors vingt minutes d’avance et sa détermination était encore intacte.

Assise non loin du quai 15, elle avait ouvert le magazine qu’elle avait emporté afin de rendre moins longue son attente. Mais la lecture s’était révélée illusoire : les mots se brouillaient, s’enchevêtraient et elle n’était pas parvenue à se concentrer sur un article.
Son esprit était ailleurs…envolé dans cet avenir proche qui l’attirait et lui faisait peur.
Puis, sournoisement, la fébrilité s’était emparée d’elle, ses mains s’étaient mises à trembler, son ventre s’était noué et une agitation sans nom l’avait submergée ; tant est si bien que dix minutes avant le moment fatidique, la panique avait largement pris le pas sur sa détermination. Elle s’était levée promptement, s’était dirigée vers l’escalator le plus proche et exaspérée par la lenteur de sa progression, en avait gravi les marches à vive allure. Arrivée en haut de l’escalier, se sentant un peu mieux – presque en sécurité – elle s’était arrêtée sur la passerelle située juste en face du quai 15. La hauteur de son emplacement l’avait alors aidée à prendre du recul sur la situation.

Irait-elle jusqu’au bout de cette histoire qui avait commencé quand elle s’était inscrite sur un site de rencontre deux mois plus tôt ? Rien n’était moins sure. Elle-même ne s’expliquait pas les raisons qui lui avaient donné le courage et l’énergie de dépasser sa peur et sa timidité. Pourtant elle avait fait le pas et étonnamment elle avait été attirée par Stéphane dont les échanges sur le net se distinguaient de tous les autres. Rapidement, leurs discussions banales étaient devenues plus profondes. Elle s’était surprise à attendre avec impatience l’heure de leur rendez-vous quotidien dont la durée s’allongeait chaque fois un peu plus tandis que leur attirance devenait évidente et incontournable.

L’absence de contact physique l’avait libérée de la peur du regard de l’autre, qu’elle savait source de jugement et de préjugés, et leur découverte réciproque n’avait pas été polluée par celle de leurs corps. Et parce que les mots écrits sont plus réfléchis que les paroles – plus engageants aussi – leur correspondance avait accéléré leur intimité. Bien sûr elle savait qu’elle ne pouvait se cacher éternellement derrière son écran, que leur rencontre ne serait pas complète tant qu’elle resterait virtuelle et que le moment de se dévoiler toute entière, de se révéler tout à fait, était inéluctable. Mais au moins, leur complicité serait déjà établie et le visuel ne serait pas l’essentiel de leur rencontre mais sa complémentarité.

C’est pourquoi elle avait accepté au bout de quelques semaines, de lui envoyer sa photo. Elle avait choisi la plus neutre, une qui ne la mettait pas particulièrement en valeur mais qui ne la défavorisait pas non plus. Une qui lui ressemblait…
Dès lors, tout alla très vite. Leurs échanges plus longs et plus intenses ne leur suffirent plus et le contact réel leur fit furieusement défaut. Ils devaient se voire, se confronter à la réalité…
« Le train 2990 en provenance de Bordeaux entre en gare – Quai 15 ».

L’annonce de l’arrivée du train, sortit Hélène de ses pensées. Tremblante, elle crut un instant que ses jambes n’allaient plus la porter. De ses mains soudainement moites, elle agrippa avec force la rampe de la passerelle pour ne pas vaciller. Elle vit au loin le train qui approchait, amenant avec lui un futur plein d’espérance. Elle tourna la tête de droite à gauche comme une personne apeurée cherchant une issue de secours. Puis elle respira une grande bouffée d’air frais, lâcha la rambarde et dévala l’escalier.

Elle allait à la rencontre de celui en qui elle avait mis tous ses espoirs.

©Jos Gonçalves le 20 février 2017


 

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