LE CYCLE DE LA VIE

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture n°231 du 12 septembre 2016 sur Bric à Book

© Leiloona

Silencieuses, la mère et la fille admiraient le tout Paris qui sans pudeur, exhibait sa grandeur et sa beauté scintillante.

Sans se concerter, les deux femmes avaient cessé de parler quand la roue s’était ébranlée pour commencer sa progression. Plongées dans leurs pensées, elles contemplaient chacune à leur façon le spectacle qui s’offrait à elles.

Alors que la roue n’en était qu’au premier quart de son cycle, la nostalgie d’un temps révolu assaillit la mère tandis que l’impatience s’empara de la fille.

« Ah ! Si je pouvais revenir en arrière, remonter le temps… » songea la mère.

« Ah ! Si je pouvais aller plus vite… » pensa la fille.

Insensible aux états d’âme de l’une et sourde aux supplications de l’autre, la roue continuait sa lente ascension et arrivait au point culminant de sa rotation.

« Comme c’est beau ! » se dit la fille, « le monde est à mes pieds, je suis libre et j’ai tout le temps devant moi !»

« Comme c’est beau !» se dit la mère, « que j’aimerais suspendre le temps et jouir indéfiniment de l’instant présent !»

Imperturbable, la roue avait amorcé la descente et se trouvait déjà aux trois quarts de sa trajectoire.

La mélancolie s’empara de la mère.
« Le temps est passé bien vite et il m’en reste si peu !»

De son côté, la fille rêvait sa vie, impatiente de la croquer à pleines dents et de se délecter de ses plaisirs.
« J’ai la vie devant moi et tant de choses à réaliser !» se réjouit-elle.

Tandis que la roue terminait son voyage et les entraînait vers l’inéluctable arrivée, la mère regarda sa fille et fut saisie par sa métamorphose. Devinant l’état d’allégresse dans lequel se trouvait la jeune femme, elle se revit à l’âge auquel le champ du possible paraît infini. Elle ressentit un immense bonheur en pensant à l’avenir que sa fille s’apprêtait à construire et c’est apaisée qu’elle retrouva la terre ferme.

Quand elle commença enfin à envisager son propre futur, les mots de Proust lui revinrent à l’esprit

« Une heure n’est pas qu’une heure, c’est un vase rempli de parfums, de sons, de projets et de climats ».

Puis elle se promit d’employer au mieux le temps qui lui restait et d’appliquer ainsi les paroles de Tolstoï

« Ce qui nous reste à vivre est plus important que toutes les années écoulées ».

Elle prit sa fille par le bras décidée à faire avec elle le bout du chemin qu’elle avait encore à parcourir.

©Jos Gonçalves le 12 septembre 2016


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