HISTOIRE DE FEMMES

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture n°223 du 6 juin 2016 sur Bric à Book

© Leiloona

Du haut de sa grandeur, l’imposante dame de fer jouissait inlassablement de la vue splendide qui s’offrait à ses pieds. Le site s’était métamorphosé à plusieurs reprises depuis son édification et elle, dont la présence ne devait être qu’éphémère, était aujourd’hui la doyenne des lieux.

Le changement le plus extraordinaire avait été la construction sur l’autre rive de la seine du colossal palais de Chaillot et de son esplanade bordée de huit statues de bronze doré. Elle n’avait pourtant pas vu d’un très bon œil l’installation de ces sculptures scintillantes et c’était de mauvais gré qu’elle avait accepté cette cohabitation.

Mais au fil du temps, la reine des monuments, maîtresse des lieux et symbole de la puissance, de l’autorité et de la robustesse s’était habituée à leur présence. Elle veillait maintenant sur elles comme une mère veille sur ses enfants, leur prodiguant tout l’amour dont elle était capable.

Sa préférence allait vers une jeune femme dont l’insouciance et la légèreté l’avaient très vite conquise. Toute d’or vêtue, « la jeunesse » – c’était son nom – était si innocente que deux délicates tourterelles avaient en toute quiétude élu domicile en son sein pour l’éternité. La vieille dame l’aimait affectueusement.

De son côté « la jeunesse » s’était sentie étouffée par cet amour, mais la confiance et la générosité étant l’apanage du jeune âge, elle avait fini par l’accepter aussi simplement qu’il lui avait été offert.

Un jour, la grande dame avoua à la statue la jalousie qu’elle avait ressentie à la vue de sa parure dorée, de sa finesse, de sa nonchalance et de sa naïveté… Elle, campée sur ses quatre grands pieds en acier, se sentait lourde et pataude. Certes elle était la doyenne mais n’était-elle pas aussi au crépuscule de sa vie ? En d’autres mots la Dame de Fer enviait la jeunesse.

D’abord flattée, la jeune femme se ressaisit et recouvra sa raison. Elle aurait pu dire à la vieille dame que sa lourdeur lui apportait la solidité et que son âge lui conférait l’expérience, la constance et une force tranquille.

Elle n’en fit rien et de sa voix douce et suave, elle déclara :
« Si la jeunesse est la plus belle des fleurs, la vieillesse et le plus savoureux des fruits » *

*Sophie Swetchine

©Jos Gonçalves le 6 juin 2016


 

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