RETOUR SUR LE PASSE

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture n°221 du 23 mai 2016 sur Bric à Book

© Vincent Héquet

Elle resta un long moment au pied de l’escalier et n’était plus vraiment certaine d’avoir le courage d’en gravir les marches.

Avait-elle pris la bonne décision en revenant ici ? A quoi cela lui servirait-il ? Pourquoi ne tirait-elle pas une bonne fois pour toute un trait sur cette terrible histoire ? Les questions se bousculaient dans sa tête…

Chancelante, elle agrippa la rampe d’une main moite et prit un peu d’assurance… Mais sa progression lui sembla durer une éternité.

Arrivée à la dernière marche, l’angoisse la submergea à nouveau et une courte hésitation s’empara d’elle. Elle aspira une grande bouffée d’air, ouvrit avec force la porte qui se trouvait en face d’elle et se trouva aussitôt projetée 5 ans en arrière.

D’un regard circulaire, elle examina le lieu de son pire cauchemar. A priori, rien n’avait changé.

Elle entra dans la pièce et s’assit sur la chaise sur laquelle elle avait été si longtemps attachée. Elle vit le câble à ses pieds – celui avec lequel l’homme l’avait ligotée – et sentit l’envahir la rage furieuse qui s’était emparée d’elle lors de sa séquestration. Les planches qui obstruaient à l’époque la seule lucarne de la pièce, avaient disparu et une faible clarté se diffusait dans ce qui avait été sa prison pendant ces longues journées. La présence d’une serviette de toilette lui parut incongrue dans ce lieu déserté… Sur le mur, les traces laissées par l’évier que l’homme lui permettait d’utiliser – en sa présence uniquement – lui rappelèrent l’humiliation quotidienne à laquelle elle avait été soumise. Elle vit enfin la petite table ronde – inutile alors et qui n’avait fait qu’accentuée son désespoir et sa hargne d’être enchaînée – renversée sur le sol.

Elle ferma les yeux. Sa colère commença à se transformer et laissa place à la tristesse… Enfin !

Il avait donc fallu qu’elle revienne sur ces lieux pour que son ressentiment s’atténue. Certes elle venait de réactiver sa douleur, mais cette confrontation allait lui apporter l’apaisement. Elle comprit qu’en cherchant pendant toutes ces années à effacer ses souvenirs, elle n’avait fait que les renforcer. Depuis son évasion, elle avait passé son temps à refouler et à nier cette terrible période. Mais peut-on se libérer de son vécu ?

Elle rouvrit les yeux. La pièce lui sembla différente, comme étrangère. Elle n’en faisait plus partie…

Elle venait de faire la paix avec son passé.

©Jos Gonçalves le 23 mai 2016


 

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