LA FOLIE DES GRANDEURS

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture n°268 du 22 mai 2017 sur Bric à Book

Du haut de l’escalier, la main posée sur la rambarde, John regardait cette maison qui ne lui ressemblait plus. Tout était parfait : les jouets des enfants avaient disparu, la balle du chien aussi ; les magazines habituellement éparpillés dans le salon avaient été rangés, sa veste ne traînait pas sur le canapé et la cuisine était rutilante. N’eût été la présence du petit bouquet de fleurs jaunes sur la table de la salle à manger, n’importe quel visiteur aurait pu croire l’endroit inhabité.

En faisant le tour du terrain, John avait ressenti la même atmosphère sans vie. Rien n’altérait la beauté du gazon fraîchement tondu et les transats étaient alignés autour de la piscine dont même l’eau bleue et limpide ne frémissait pas.

L’étage aussi n’avait plus d’âme. Chaque pièce resplendissait de propreté et aucun objet inutile n’était visible. John ne se reconnaissait plus dans cet intérieur où il s’était senti si bien jadis.

Tout avait commencé 5 ans plus tôt. Dès la première visite, Joanna et lui avaient eu le coup de foudre pour cette maison. Ils s’imaginaient déjà recevoir leurs parents et amis dans cette propriété élégante et y voir grandir les nombreux enfants qu’elle pouvait accueillir.  Impatients, ils avaient appelé l’agent immobilier deux heures après son départ et insisté pour signer au plus vite l’achat de ce qu’ils considéraient comme le moyen de se voir admettre dans la cour des grands.

Loin de les freiner dans leur folie des grandeurs, l’organisme prêteur les avaient rassurés : les taux d’intérêt étaient stables et l’appréciation de l’immobilier était régulière. Ils pouvaient sans crainte contracter cet emprunt dont les 3 premières années étaient couvertes par un taux fixe. Obnubilés par la réalisation de leur rêve, ils avaient mis de côté le fait que ce même taux devenait par la suite révisable et avaient signé le contrat de prêt hypothécaire que le conseiller leur avait présenté.

Les premières années avaient été idylliques. Ils avaient aménagé leur nid douillet avec soin et deux enfants étaient venus parfaire leur vie. Joana avait cessé de travailler pour s’occuper de sa petite famille et organiser de nombreuses réceptions dans cette demeure qui faisait l’admiration de tous. Ils étaient fiers du chemin parcouru et de la tournure qu’avait pris leur vie.

Mais c’était sans compter sur les aléas des marchés financiers et particulièrement celui des subprimes. Le taux d’intérêt fut revu à la hausse tandis que les prix de l’immobiliers commencèrent à chuter. Comme beaucoup d’Américains, le couple ne parvint plus à honorer les mensualités devenues exorbitantes. Ce défaut de paiement en masse accéléra la baisse du marché de l’immobilier. Les banques dont la perte se chiffra à plusieurs centaines de milliards de Dollars, expulsèrent sans scrupule tous ces faux riches attirés par le miroir aux alouettes et hypothéquèrent leurs biens.

Joana et John n’eurent pas le choix : ils devaient quitter les lieux le jour même.

John jeta un ultime regard sur la maison qu’il n’avait jamais vraiment possédée et qui ne serait jamais la sienne et descendit l’escalier pour la dernière fois.

©Jos Gonçalves le 22 mai 2017


 

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