LE RETOUR

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture n°230 du 5 septembre 2016 sur Bric à Book

© Julien Ribot

Plantée devant le petit portail qu’elle avait tant de fois franchi dans le passé, elle contemplait les chiffres dorés qui composaient le numéro de sa nouvelle adresse.

Elle n’avait pas chômé depuis son arrivée, et déterminée à redonner vie au plus vite à cet endroit, elle avait commencé par repeindre le portail en vert, couleur qu’il avait dans ses souvenirs d’enfant.

Au vu de l’ampleur des travaux à réaliser, elle était consciente d’avoir commencé par des tâches dérisoires, mais tenant à affirmer son retour en affichant sa présence à la vue de tous, elle avait décidé de s’occuper en premier du portail et de la plaque numérologique de la bâtisse.

Détachant son regard de ce qui à ses yeux était le symbole de sa réapparition, elle eut un pincement au cœur quand elle évalua la besogne qui lui restait à accomplir.
La maison avait souffert de l’humidité et de l’absence de ventilation et de nombreux petits cristaux blanchâtres recouvraient les murs de la façade sur laquelle s’étalaient d’abondantes fissures et dont les angles étaient souillés par les taches de moisissure.
L’escalier aux profondes marches de béton présentait lui aussi les stigmates de l’abandon. Noirci et envahi d’herbe folle, il révélait avec ostentation le délaissement dont il avait été l’objet. Là encore, elle réalisa avec appréhension la masse de travail qu’elle aurait à fournir pour lui redonner tout son éclat. Elle se sentit soudain oppressée par l’étendue de sa tâche.

Son regard se porta à nouveau sur les chiffres dorés qu’elle avait volontairement posés sur un fond rouge rutilant pour les mettre en valeur et exposer ainsi sa détermination et sa fierté. Férue de numérologie, elle était convaincue que le nombre 124 était de bon augure et elle décida d’en étudier chaque composant.

Le 1 d’abord, était connu pour être l’indice de redémarrage, de changement majeur et de restructuration, et représentait à ses yeux l’élément positif de sa décision.

Le 2 ensuite, qu’elle savait être le signe de germination prouvait que sa décision était mûrement réfléchie et que son projet ne pouvait qu’aboutir.

Le 4 enfin, qui était le symbole de l’effort, de la construction lente et pénible mais néanmoins durable, finissait de la conforter dans sa résolution et de l’encourager dans son effort.

Rassérénée par son analyse et son constat, son entreprise lui parut alors évidente et son découragement se dissipa. Elle releva ses manches et emprunta énergiquement l’escalier, plus que jamais déterminée à lui redonner toute sa splendeur.

©Jos Gonçalves le 5 septembre 2016


 

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