UN DESSIN POUR LEO

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture n°258 du 20 mars 2017 sur Bric à Book

© Fred Hedin

Rempli d’espoir, l’enfant s’endormit en emportant dans ses rêves l’image incomplète de cette petite maison au toit rouge sur fond de grand ciel bleu.

Suite à un accident de voiture, le petit Léo était à l’hôpital depuis de nombreux jours. Après quelques heures de coma, il s’était réveillé cassé de partout dans ce lieu inconnu. Ses multiples fractures étaient cachées sous des plâtres colorés par les innombrables tags dessinés par ses proches. Sa tête était entourée de bandages et de son visage on ne distinguait que la bouche et les yeux. De fait, il n’avait qu’une vision restreinte de son environnement.

Mais au-delà de ces blessures physiques somme toute réparables, ce qui inquiétait le plus sa maman était le silence de Léo. Depuis son réveil le petit s’était emmuré dans un mutisme total que les médecins ne pouvaient expliquer par des causes corporelles. Et si la mère se disaient que le corps médical arriverait à panser les blessures physiques de son fils, elle savait qu’elle seule serait capable de s’occuper de sa santé mentale.

Pour le stimuler, elle lui apportait chaque jour une nouvelle surprise : des livres qu’elle lui lisait avec amour et dont elle lui décrivait dans le détail les images qu’il ne pouvait voir ; des comptines qu’elle lui passait sur la tablette et qu’elle entonnait seule dans l’espoir qu’il se joigne à elle ; des peluches qu’elle lui présentait à hauteur des yeux en lui demandant le nom qu’il voulait leur donner. Mais si ces cadeaux faisaient sourire Léo, ils ne parvenaient pas à le sortir de son mutisme. Les jours défilaient ainsi, rythmés par les visites et les soins qui lui étaient prodigués.

Accablée et la mort dans l’âme, sa maman décida un jour de bousculer son enfant chéri et de le mettre à l’épreuve.

Elle lui apporta un grand poster d’un dessin d’enfants et sans un mot, le scotcha au mur face à son lit. Elle savait qu’il ne pouvait le voir dans sa totalité, mais plutôt que de lui d’écrire la partie qui pour lui restait invisible, elle décida d’attendre qu’il exprime son désir d’en savoir plus. De son côté, le petit qui espérait les paroles de sa mère fut très vite décontenancé par son silence. Il posa sur elle ses grands yeux bleus qui l’interrogeaient, la suppliaient même de lui donner plus de détails. Mais devant sa détermination il comprit qu’elle n’en ferait rien.

L’instant fut intense car l’enfant tenta de toute ses forces de faire exploser la carapace qu’il avait endossée depuis plusieurs jours pour se protéger, et tel un poisson dans son bocal, il ouvrit et ferma la bouche à maintes reprises sans parvenir à en extraire la moindre parole.

A la vision de la souffrance de son petit ange, la mère tiraillée par la douleur et les doutes fut tentée de céder, mais sa volonté de l’aider fut la plus forte et sa résolution resta intacte.

Alors, dans un ultime effort, Léo parvint à articuler un mot, tandis que les bandages situés sous ses yeux s’imbibèrent lentement de ses larmes. Puis timidement, il demanda à sa maman de lui décrire le reste de ce poster aux couleurs chatoyantes. Sa déception fut alors à la hauteur de son effort, car sa mère bien décidée à le sortir définitivement de sa torpeur, lui répondit que c’était à lui d’imaginer le reste du tableau, à lui d’en écrire l’histoire et de la raconter. Alors dans un flot de paroles désordonnées, il décrivit une école, une maîtresse dans la cour de récréation remplie d’enfants qui jouaient au ballon, à la corde à sauter ou à se bagarrer. Il inventa une balançoire suspendue à un grand chêne, un toboggan de toutes les couleurs plongeant dans un grand bac à sable parsemé de jouets.

Arrivés au point final de son récit, il était convaincu que les vrais détails du paysage lui seraient divulgués. Mais à sa grande surprise, sa mère lui annonça avec un sourire serein et plein d’amour qu’elle n’en ferait rien, qu’il les découvrirait le jour même, quand on lui ôterait enfin ses bandages. Elle lui tendit le cachet qui le ferait dormir pendant cette étape délicate et il l’avala sans résistance.

C’est ainsi que l’enfant s’endormit, impatient d’admirer à son réveil l’image dans son intégralité. Il ne savait pas encore, qu’il découvrirait sur le poster tout en couleur, la cour de récréation de son école, dessinée par les enfants de sa classe pour lui dire combien il leur manquait et lui donner l’envie de revenir très vite parmi eux.

©Jos Gonçalves le 20 mars 2017


 

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