LA NOUVELLE VIE

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture n° 224 du 13 juin 2016 sur Bric à Book

© Leiloona

La gorge nouée, la mère se tenait dans l’embrasure de la porte. Spectatrice involontaire de ce départ qu’elle admettait et comprenait avec peine, elle ne pouvait détourner son regard des nombreux bagages et autres objets étalés devant elle.
Dans la pièce derrière elle, elle entendait sa fille parler avec celui qui dans quelques instants, allait lui enlever l’être qui lui était le plus cher, la privant ainsi de tous ces moments de bonheur quotidien, de tous ces partages et de cette belle complicité…

Elle avait passé une nuit sans sommeil, imaginant avec inquiétude ce moment douloureux et inconcevable. Puis elle s’était souvenue de son enfance, de son adolescence et de son départ du domicile parental. Elle s’était rappelé la joie, l’enthousiasme, l’excitation et le sentiment de liberté et de fierté qu’elle ressentait alors à l’idée de cette nouvelle vie qui s’offrait à elle. Mais elle avait revécu aussi le chagrin et la douleur affichée par sa propre mère qu’elle avait laissée, hystérique derrière cette porte qu’elle avait refermée avec courage. Son euphorie avait alors disparu, laissant place à une grande culpabilité et à une rancœur envers cette femme qu’elle aimait pourtant mais qui venait de lui gâcher le plaisir de prendre son envol.

Ainsi, l’idée d’entacher à son tour le bonheur de sa fille lui paraissait aujourd’hui impensable.

C’est avec l’intention de ne rien laisser paraître de son mal être et de sa peine et bien décidée à transformer ce départ, qu’elle considérait la veille encore comme une fin en soi, en une envolée vers l’avenir, en une aventure constructive et palpitante, en un jour unique et exceptionnel pour sa fille.

Toute à ses pensées, elle ne l’avait pas entendu arriver. Elle sentit la main de la femme qui à ses yeux serait toujours une enfant se poser sur son épaule. Sa fille passa devant elle, la regarda avec une infinie tendresse et l’enlaça avec amour. La mère se laissa envelopper par toute cette affection et se rappela alors cette phrase :

« Parfois, c’est aussi ça l’amour : laisser partir ceux qu’on aime »*

*Joseph O’Connor

©Jos Gonçalves le 13 juin 2016

 

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