La saveur de la première fois

L’année 1969 fut, pour la plupart des gens, l’année du premier vol d’essai du Concorde, et des premiers pas sur la lune.


Pour l’enfant de huit ans que j’étais alors, elle fut celle de la découverte de mes parents et de l’ouverture sur un monde que je ne soupçonnais pas.
Je me souviens bien de ce samedi d’automne. Il est gravé dans ma mémoire, au milieu des autres souvenirs heureux de mon enfance. Et si aujourd’hui encore, l’odeur du chocolat chaud me ramène dans la cuisine familiale, si le goût de l’anisade me transporte dans la cours de récréation, l’évocation de la surprise que me réserva ce jour fait ressurgir en moi l’émoi que je ressentis alors… Lire la suite

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La course folle

© Sabine Faulmeyer

L’enfant était émerveillé ! Un tricycle tout neuf, rien qu’à lui et bien plus joli que celui que son cousin lui prêtait parfois !
Sous les yeux attendris de sa mère, il enfourcha son merveilleux cadeau et appuya timidement sur les pédales. Puis rassuré par sa stabilité, il oublia son appréhension et commença à accélérer. L’air caressa gentiment sa frimousse comme pour l’encourager. Il pédala plus vite et se redressa, fier de montrer son agilité et son courage. Il se retourna et regarda sa mère, déjà loin. Bientôt elle ne fut plus qu’un point et disparut tout à fait. Il se sentit grandir.
Son champ de vision parut s’élargir alors, et son environnement prit une autre dimension. Il était sur un vélo maintenant. Un vrai ; à deux roues. Mieux ! Un vélo de course. Une brise légère frôlait son visage boutonneux et sa barbe naissante. Il était le roi de monde et n’avait peur de rien. Devant lui défilaient tous les champs du possible. Plein d’assurance, il fila à vive allure pour rejoindre sa Juliette et lui déclarer son amour.
Maintenant il n’était plus seul sur son engin : des bras amoureux et confiants entouraient sa taille d’adulte. Il sentit la pression du vent envelopper son casque de moto et glisser sur sa combinaison en cuir. Le bolide rutilant fendit l’air et le propulsa dans sa nouvelle vie de mari et de père. Il le troqua alors contre une voiture familiale et continua sa route avec femme et enfants. C’est à leur côté qu’il fit son plus beau voyage ; le plus long et le plus agréable. Il en dégusta chaque instant, s’en nourrit avec avidité sans jamais parvenir à en être rassasié.
Un jour pourtant la mécanique s’enrailla. Il lui fallut s’arrêter et céder le volant. De sa vie il ne fut plus le maître, mais le simple spectateur. Spectateur impuissant, dont le fauteuil roulant poussé par un enfant inconscient, glissait inexorablement vers la fin du voyage.

 

© Jos Gonçalves le 4 mars 2019

Déclaration de perte…

En janvier dernier, je vous ai parlé du ZODIAC WRITING CHALLENGE qui consiste à écrire une nouvelle chaque mois  en choisissant un des thèmes proposés.
Les thèmes de février étaient : « Je l’aimais », « La pluie », « La déclaration », « Le 29 tous les 4 ans », « Le livre ancien ».
J’ai choisi « La déclaration ». Et voici ce que cela donne. Bonne lecture !


Déclaration de perte…

Lucette marchait, tête baissée et bras croisés sur son coussin qu’elle serrait fort contre sa poitrine. Malgré sa tenue légère, elle ne sentait pas le froid. La nuit sans lune et sans étoile l’empêchait de voir à plus d’un mètre. Pourtant elle avançait. Lentement mais avec détermination. Lire la suite

L’appel de la lecture

Ce texte est ma participation à l’atelier n°323 du 4 février 2019 de Bric à Book

 

©Steve Ramon

L’enfant avait été surpris dès qu’il était entré. L’ambiance dans laquelle il s’était retrouvé était bien différente de celle qu’il avait imaginée.

D’abord plongé dans le noir absolu, il s’était cru dans le néant et avait vacillé. Puis à la manière des étoiles tapissant la voute céleste à la tombée du jour, des lignes droites lumineuses et brillantes apparurent et emplirent le vide.

Imperceptiblement, elles se croisèrent, s’entremêlèrent, et l’invitèrent dans leur dédale. Déroulant leur fil d’Ariane incandescent, elles l’attirèrent dans un monde inconnu mais plein de promesses, dans lequel il Lire la suite

Il ne faut pas provoquer son destin

Ce texte est ma participation à l’atelier n°322 du 7 janvier 2019 de Bric à Book

© Nick Cooper

Comme tous les matins, Ashley passa devant le « Kaffe Perro Negro » – « Café du chien noir » en français – et tourna ostensiblement la tête de l’autre côté de la rue.

La seule vision de l’enseigne lui faisait froid dans le dos. Quelle idée diabolique de baptiser ainsi un lieu de détente ! Il n’y avait qu’en Pologne que l’on pouvait voir cela ; Lire la suite

Nature et modernisme

Ce texte est ma participation à l’atelier n°321 du 17 décembre 2018 de Bric à Book

©Zhu Liang

Parce ce que beaucoup de choses m’empêchent en ce moment de gérer mon temps comme je le souhaite, j’ai tenté cette semaine de me prêter – pour la première fois – à l’exercice de l’haïku qui par sa brièveté, me parait correspondre à la situation.
Pourtant, s’il m’a demandé moins de temps qu’un texte « classique », l’exercice n’a pas été aisé et a vite pris l’allure d’un casse-tête chinois !
Alors je vous laisse découvrir mes quatre haïkus, fruit de ma « réflexion », et sollicite humblement votre indulgence 😉 Lire la suite