ULTIME REQUÊTE

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture n°251 du 30 janvier 2017 sur Bric à Book

© Anselme

Pierre était assis à son bureau face à la fenêtre, une feuille devant lui et un stylo à la main. Il observait le chêne sacré qui déployait avec grandeur ses branches alourdies par les quêtes dont il était le gardien.
L’arbre auquel il s’appuyait depuis tant d’années et qu’il avait toujours vu planté là, semblait le défier et l’inviter à émettre une nouvelle demande. Pierre soupira. Insatisfait des vœux pourtant réalisés qu’il avait formulés, il avait décidé le matin même d’exprimer une ultime requête, celle qui devait lui apporter le bien-être espéré. Accoutumé à l’exercice pour s’y être prêté à trois reprises, il avait constaté qu’il se détachait de son envie dès lors qu’il la formulait, et que ce qui devait être source de bonheur ne lui apportait que désillusion.
Réalisant que pour ne pas revivre une nouvelle déception il devait réfléchir longuement à ce que lui apporterait la félicité tant convoitée, il refit le trajet qu’il avait emprunté pour atteindre son but.

Dans un premier temps l’arbre votif lui avait accordé le travail qu’il avait souhaité. Mais puisqu’il avait la chance de voir ses plus beaux rêves se réaliser, Pierre sombra dans la facilité et formula un second souhait : celui d’être riche sans avoir à s’échiner au travail, riche au point d’en faire pâlir tous ceux qui croiseraient son chemin. Dès lors, il put obtenir tout ce qui s’achetait mais se retrouva entouré de personnes ambitieuses et intéressées. La satisfaction ressentie ne fût pas à la hauteur de son attente et Pierre se sentit seul au milieu de tous. Il rêva alors d’une femme à ses côtés, une femme jolie avec laquelle il pourrait se marier et fonder une famille. Aussitôt apparut sa compagne qui était belle comme un ange mais qui ne s’avéra guère aimante et plus attirée par sa richesse que par ses qualités. Leur couple ne fût qu’une façade et un leurre et ne tint que le temps de donner naissance à deux enfants qui se révélèrent égoïstes et cupides.

Ainsi par trois fois, le bonheur n’avait été que chimère, filant entre les doigts de Pierre sans qu’il parvienne à le saisir.

Ne pouvant nier son échec, Il se demanda la raison de sa malchance. Les yeux rivés sur l’objet de tous ses espoirs mais aussi de sa déconvenue, il tenta d’en extraire la vérité. Il commença à comprendre que s’il avait demandé l’amour plutôt qu’une jolie femme, s’il avait réclamé la richesse pour la distribuer et non pour l’employer à ses propres fins, le bonheur aurait été au rendez-vous. Il prit conscience que si ses souhaits étaient louables, leur but et l’usage qu’il en avait fait l’étaient beaucoup moins. Attiré comme un sot par l’éclat de la beauté, de l’argent et du pouvoir, il avait agi sans modération, perdu tout discernement et occulté l’essentiel : posséder une chose, même la plus convoitée, ne rime à rien si elle n’est pas utilisée à bon escient.

Que n’ai-je su tout cela plus tôt ! Comment retrouver mon bon sens et ma raison ? se demanda-t-il.

Tout en prononçant ces mots, il réalisa qu’il exprimait là son ultime souhait et un sourire éclaira son visage depuis longtemps terni.

L’arbre se pencha vers lui en une belle révérence et lui tendit une branche vierge de toute requête.

Sans savoir qu’en formulant son vœu si longuement médité il en possédait déjà la qualité première, il inscrivit « Sagesse » d’une écriture appliquée sur la feuille qu’à l’arbre il alla accrocher.

©Jos Gonçalves le 30 janvier 2017


 

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