MERCI CHOUPETTE !

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture n°272 du 19 juin 2017 sur Bric à Book

Malgré l’heure matinale, Martine avait sauté du lit dès que ses parents l’avaient réveillée. C’était le grand jour, le jour tant attendu !

Depuis quelques semaines, la vie à la maison avait changé. Tout avait commencé un samedi en fin de matinée quand Martine, en sortant de l’école, avait eu la surprise de voir son père l’attendre au volant d’une voiture. Elle était restée là, immobile, sans comprendre… Une voiture !? Impossible : elle ne pouvait pas être à eux, ils n’en avaient pas les moyens.

D’un milieu modeste, Martine avait conscience de la valeur de l’argent. Elle savait qu’ils faisaient partie de ceux qui n’en avaient pas, de ceux qui devaient compter pour faire le moindre achat. Elle avait compris que certaines choses leur étaient inaccessibles. Le fait étant intégré, elle ne s’en formalisait pas et se contentait de ce qu’elle avait. Sa mère, femme de ménage, et son père, ouvrier en usine, travaillaient dur pour apporter à leurs 3 enfants une vie simple mais agréable et économisaient toute l’année pour pouvoir les envoyer en colonie. Eux ne partaient pas en vacances et passaient le mois d’aout dans leur HLM de la banlieue nord de Paris. Ils ne se plaignaient jamais, seuls leurs traits tirés et leur mains calleuses témoignaient de leur fatigue.

Remise de sa surprise, Martine s’était installée à l’arrière de la voiture, une coccinelle d’occasion, et avait savouré avec fierté le regard étonné de ses camarades.

Avec « Choupette » – nom donné à la nouvelle acquisition en référence au film « un amour de coccinelle » sorti un an plus tôt – le quotidien de la famille se métamorphosa. Les séances télé du dimanche après-midi laissèrent place aux balades en forêt et aux visites des proches. Ils eurent une vie sociale plus riche, s’ouvrirent au monde et le découvrirent. En partageant des moments de loisir avec ses parents, Martine décela en eux une face jusqu’alors inconnue. Détendus, ils se révélèrent plus enjoués et disponibles. Le bonheur fut complet à l’approche de l’été quand ils annoncèrent la grande nouvelle à leurs enfants : Cette années, ils partiraient en vacances tous ensemble !

Et ce matin était celui du grand jour ! Celui du grand départ. Direction le sud-ouest, un voyage de 650 km et d’une durée estimée à une dizaine d’heures. Les enfants s’installèrent à l’arrière, les valises furent rangées dans le coffre, et on cala aux pieds de Martine la glaciaire qui contenait le piquenique du midi et les boissons. L’impatience était à son comble et un parfum de bonheur nouveau flottait dans la voiture. Enfin, les parents montèrent à l’avant et Choupette démarra.

Martine était heureuse. Pour la première fois, son départ en vacances n’était pas entaché par la culpabilité de laisser ses parents sur le quai.

©Jos Gonçalves le 19 juin 2017


 

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