LA LETTRE DE MARIA

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture n°240 du 14 novembre 2016 sur Bric à Book

© Leiloona

Immobile devant la rangée de maisons colorées, Maria respira une grande bouffée d’air pour se donner du courage. Sur le point de vaciller, elle caressa fébrilement la lettre qu’elle avait mis tant de temps à formuler. Maintes fois elle était venue dans cette rue, bien décidée à la remettre à sa destinataire ; maintes fois elle s’était ravisée, consciente de l’impact des mots qu’elle contenait…
Mais aujourd’hui était le grand jour, et malgré sa peur et son angoisse, elle se dirigea plus déterminée que jamais, vers la façade rose pour y déposer sa missive.

Cette lettre, qui racontait son histoire, elle en connaissait chaque mot.
A l’âge de 15 ans à peine, elle était tombée folle amoureuse de celui qu’elle croyait être l’homme de sa vie et avait fini par faire exploser les verrous de sa morale et de son intimité pour le laisser pénétrer avec fougue dans son antre matriciel. Très vite Maria avait éprouvé la joie de sentir en elle se développer le fruit de leur amour, mais ce sentiment nouveau avait été rapidement entaché par l’angoisse d’annoncer à ses parents chastes et rigides, l’arrivée de ce qui n’était pour eux que le fruit du péché. Sa mère avait tout fait pour qu’elle perde son bébé, allant jusqu’à tenter de la faire avorter bien au-delà du délai possible. Puis face à son impuissance à éliminer l’objet de la honte, elle avait envoyé Maria dans un foyer qui recueillait les jeunes femmes comme elle, pour qu’elle accouche en cachette de ce rejeton dont personne ne voulait. Maria avait alors vécu des mois de solitude, et ressenti au plus profond d’elle la douleur d’être rejetée et le sentiment d’être incomprise.

Puis son bébé était né. Avec lui elle avait connu le bonheur intense de se sentir mère, le plaisir de tenir son enfant dans ses bras et de lui apporter tout son amour. Ce bonheur dura 5 jours… Les plus heureux de sa vie.
Au 6ème jour, alors qu’elle s’apprêtait à rentrer enfin et à commencer sa nouvelle vie, on lui avait rappelé la déclaration d’abandon qu’elle avait signée juste après l’accouchement et que, profitant de l’euphorie du moment, on lui avait présentée comme étant une simple formalité administrative. Tout s’était effondré pour Maria qui ne consentit à vivre que pour retrouver la chair de sa chair. Cela faisait maintenant 30 ans qu’elle attendait ce moment. 30 ans d’amputation et de souffrance. 30 ans de recherche et d’espoirs déçus.

Sa détermination avait fini par porter ses fruits pourtant, et ses recherches incessantes l’avaient menée jusqu’à cette rue aux maisons chatoyantes.

Toute à ses pensées, Maria était enfin arrivée à destination. Soudain consciente d’avoir atteint son but et d’être au terme de son long voyage, elle resta figée devant la maison rose. Rose ! La couleur de l’amour et du bonheur, le symbole de la douceur, de la tendresse et de la protection.
Encouragée par ce qui ne pouvait être qu’un heureux présage, elle parcourut avec hâte les quelques mètres qui la séparaient de la boîte aux lettres.

Et empreinte d’un espoir nouveau et de la certitude d’un avenir meilleur, elle déposa dans l’écrin de son futur bonheur l’histoire de sa vie.

©Jos Gonçalves le 27 novembre 2016


 

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