Une vie arrachée

Ce texte est ma participation à l’atelier n°330 du 8 juillet 2019 de Bric à Book

Tom regarda avec satisfaction le scooter qu’il trafiquait depuis plusieurs jours. L’engin était fin prêt. Après l’avoir « substitué à un veinard qui avait les moyens », Tom avait jugé bon de le rendre plus performant. Il ne s’était pas contenté de le débrider. Non ! Ça c’était pour les petits joueurs. Il avait fait mieux, il l’avait kiter. En modifiant la transmission et en changeant le pot d’échappement, le variateur et le filtre à air, il en avait fait un bolide. Il était maintenant certain de ne pas se faire prendre en pratiquant son sport favori : le vol à l’arraché.
Ne lui restait plus qu’à river la fausse plaque d’immatriculation. C’est ce qu’il fit avant d’enfourcher sa machine.

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Quand le virtuel devient réalité

Ce texte est ma participation à l’atelier n°329 du 1er juillet 2019 de Bric à Book
Monique s’apprête à partir passer le week-end chez des amis. La main sur la poignée de la porte, elle se retourne vers sa fille. Elle n’est pas tranquille. Pour la première fois, elle la laisse seule pendant deux jours à la maison.
– Tu es sûre de ne pas vouloir venir avec moi, Léa ? Ça te changerait les idées…
– Non, M’an ! J’peux vraiment pas là ! Je te rappelle que j’ai ma première épreuve du bac lundi !
– Oui, oui, je sais ! Mais promet moi de m’appeler s’il y a le moindre problème, Hein ! De toute façon, je te téléphone demain main… Bon. Allez ! Bisous ma chérie !
– Bisous M’an !
Mère et fille s’embrassent comme si elles se quittaient pour toujours. Puis la porte claque.
Monique monte dans sa voiture.
Léa se précipite dans sa chambre… et sur son portable.
Elle sourit à la photo qui apparait sur l’écran. Ses pouces s’activent sur le clavier.
– Ma mère vient de partir. YES !!!! Toujours ok pour se retrouver à la plage ? Dans 10 minutes, c’est bon ?
– Trop COOL ! J’arrive !!!
Enfin, ils vont se rencontrer ! Elle ne l’a jamais vu mais le connait si bien.
A travers leurs échanges sur le net, ils ont tissés des liens invisibles et indestructibles. Mélange de complicité, de confiance et même d’intimité. Cela dure depuis plusieurs semaines et malgré le caractère virtuel de leurs rapports, ils sont devenus très proches. D’un message par jour, ils sont passés à plusieurs dizaines. Ils rythment les journées de Léa. Ses nuits même…  La constance de ces rendez-vous – sa fidélité à lui en quelque sorte – la rassure. Elle ne peut plus s’en passer.
Ils sont faits l’un pour l’autre, elle en a la conviction. Agé d’un an de plus qu’elle, il a un petit frère, des parents divorcés et prépare un BTS. Il cherche quelqu’un avec qui partager les moments simples de la vie d’étudiants. Pas une petite amie d’un soir. Non ! Ça, ce n’est pas son genre !
C’est un gars bien ! Celui qu’il lui faut ! Elle en est sûre et rien ne pourra l’empêcher de vivre une histoire avec lui. Ni le Bac… Ni sa mère… Ni sa meilleure amie qui la serine avec ses conseils de prudence « Ça se trouve, derrière le visage angélique de la photo qu’il t’a envoyée, se cache un vieux pervers qui va te sauter dessus à la première occasion ».
Léa hausse les épaules, prend son sac de plage et vole dans les bras de celui qu’elle pense être son prince charmant.
Le lendemain, son corps sans vie fut retrouvé dans un canoé dérivant à quelques mètres du rivage.
© Jos Gonçalves le 1er juillet 2019

L’impossible recule toujours devant celui qui avance

Ce texte est ma participation à l’atelier n°327 du 3 juin 2019 de Bric à Book

© Edan Cohen

Elles étaient jumelles. C’était le jour de leur anniversaire. Chaque année l’épreuve leur paraissait plus difficile, plus longue et plus ténébreuse. Chaque année elles en ressortaient grandies et fières d’avoir surmonté leur peur.

Elles s’étaient arrêtées à la limite de la lumière, juste à l’entrée de la rue obscure. Cette fois le passage leur paraissait impossible à franchir. Etroit et bordé de hauts murs en pierre, sa gueule béante s’ouvrait sur une zone sombre et menaçante. Au bout, le cercle lumineux qu’elles devaient atteindre. Conscientes qu’il leur faudrait bientôt se séparer comme au premier jour, elles se tenaient la main. Le soleil les réchauffait encore, mais du serpent noir qui leur faisait face s’échappait le froid dans lequel elles devaient s’engouffrer.

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Le grand saut

Ce texte est ma participation à l’atelier n°325 du 1er avril 2019 de Bric à Book

© Arthur Humeau
Il ne pouvait s’empêcher de fixer la femme qu’il venait de quitter et qui restait figée sur le quai.
Elle aussi le regardait. Ses yeux embués et suppliants tentaient désespérément de le retenir.
Il souhaitait de tout son cœur qu’elle comprenne et accepte la rupture ; qu’elle ne se souvienne que des moments heureux.
Son cœur à elle criait « Je t’aime » et l’implorait de revenir.
Complice du moment, le métro tardait à partir, leur offrant ainsi une chance de changer la fin de leur histoire.
L’instant ne dura que quelques minutes, trois tout au plus, mais leur parut une éternité. Instant de culpabilité pour lui, de supplice pour elle. Elle s’accrochait encore à son regard quand les portes se refermèrent et que le métro l’emporta.
Alors elle resta sur le quai jusqu’à ce qu’un autre apparaisse. Puis elle ferma les yeux et sous la rame se jeta.

 

© Jos Gonçalves le 1er avril 2019


 

La course folle

© Sabine Faulmeyer

L’enfant était émerveillé ! Un tricycle tout neuf, rien qu’à lui et bien plus joli que celui que son cousin lui prêtait parfois !
Sous les yeux attendris de sa mère, il enfourcha son merveilleux cadeau et appuya timidement sur les pédales. Puis rassuré par sa stabilité, il oublia son appréhension et commença à accélérer. L’air caressa gentiment sa frimousse comme pour l’encourager. Il pédala plus vite et se redressa, fier de montrer son agilité et son courage. Il se retourna et regarda sa mère, déjà loin. Bientôt elle ne fut plus qu’un point et disparut tout à fait. Il se sentit grandir.
Son champ de vision parut s’élargir alors, et son environnement prit une autre dimension. Il était sur un vélo maintenant. Un vrai ; à deux roues. Mieux ! Un vélo de course. Une brise légère frôlait son visage boutonneux et sa barbe naissante. Il était le roi de monde et n’avait peur de rien. Devant lui défilaient tous les champs du possible. Plein d’assurance, il fila à vive allure pour rejoindre sa Juliette et lui déclarer son amour.
Maintenant il n’était plus seul sur son engin : des bras amoureux et confiants entouraient sa taille d’adulte. Il sentit la pression du vent envelopper son casque de moto et glisser sur sa combinaison en cuir. Le bolide rutilant fendit l’air et le propulsa dans sa nouvelle vie de mari et de père. Il le troqua alors contre une voiture familiale et continua sa route avec femme et enfants. C’est à leur côté qu’il fit son plus beau voyage ; le plus long et le plus agréable. Il en dégusta chaque instant, s’en nourrit avec avidité sans jamais parvenir à en être rassasié.
Un jour pourtant la mécanique s’enrailla. Il lui fallut s’arrêter et céder le volant. De sa vie il ne fut plus le maître, mais le simple spectateur. Spectateur impuissant, dont le fauteuil roulant poussé par un enfant inconscient, glissait inexorablement vers la fin du voyage.

 

© Jos Gonçalves le 4 mars 2019

L’appel de la lecture

Ce texte est ma participation à l’atelier n°323 du 4 février 2019 de Bric à Book

 

©Steve Ramon

L’enfant avait été surpris dès qu’il était entré. L’ambiance dans laquelle il s’était retrouvé était bien différente de celle qu’il avait imaginée.

D’abord plongé dans le noir absolu, il s’était cru dans le néant et avait vacillé. Puis à la manière des étoiles tapissant la voute céleste à la tombée du jour, des lignes droites lumineuses et brillantes apparurent et emplirent le vide.

Imperceptiblement, elles se croisèrent, s’entremêlèrent, et l’invitèrent dans leur dédale. Déroulant leur fil d’Ariane incandescent, elles l’attirèrent dans un monde inconnu mais plein de promesses, dans lequel il Lire la suite

Il ne faut pas provoquer son destin

Ce texte est ma participation à l’atelier n°322 du 7 janvier 2019 de Bric à Book

© Nick Cooper

Comme tous les matins, Ashley passa devant le « Kaffe Perro Negro » – « Café du chien noir » en français – et tourna ostensiblement la tête de l’autre côté de la rue.

La seule vision de l’enseigne lui faisait froid dans le dos. Quelle idée diabolique de baptiser ainsi un lieu de détente ! Il n’y avait qu’en Pologne que l’on pouvait voir cela ; Lire la suite

Nature et modernisme

Ce texte est ma participation à l’atelier n°321 du 17 décembre 2018 de Bric à Book

©Zhu Liang

Parce ce que beaucoup de choses m’empêchent en ce moment de gérer mon temps comme je le souhaite, j’ai tenté cette semaine de me prêter – pour la première fois – à l’exercice de l’haïku qui par sa brièveté, me parait correspondre à la situation.
Pourtant, s’il m’a demandé moins de temps qu’un texte « classique », l’exercice n’a pas été aisé et a vite pris l’allure d’un casse-tête chinois !
Alors je vous laisse découvrir mes quatre haïkus, fruit de ma « réflexion », et sollicite humblement votre indulgence 😉 Lire la suite

Choix fatal

Ce texte est ma participation à l’atelier n°319 du 3 décembre 2018 de Bric à Book

Leurs enfants avaient grandi et volaient maintenant de leurs propres ailes.
Plus vraiment jeunes mais pas encore vieux, ils pouvaient dorénavant penser à eux, vivre comme ils voulaient et réaliser leur rêve.
Ils voulaient être loin de tout ; du bruit, du mouvement incessant, de la fumée des usines et des pots d’échappements, et de tous ces gens Lire la suite