Derrière la porte

Cela fait maintenant cinq mois que j’écris dans le cadre du ZODIAC WRITING CHALLENGE qui propose d’écrire une nouvelle (de 3 000 signes espaces compris) en choisissant un des thèmes proposés chaque mois.
Les thèmes de mai sont « Le vent », « Le miroir », « Derrière la porte », « Le retour ».
J’ai choisi « Derrière la porte »…
Bonne lecture !
*****

« C’est la fin… Il n’y en a plus que pour quelques heures… »
Les mots du médecin l’avaient frappé en plein cœur et leur écho y résonnait encore. Résigné, il s’était installé au chevet de sa mère et lui avait pris la main.

Aussitôt, le passé prit le pas sur le présent et ses souvenirs l’assaillirent  comme pour chasser plus vite encore la vie qui s’échappait du corps de celle qui lui était si chère. Il tenta de les refouler, en vain. Les images défilèrent sans qu’il ne put rien y faire. Celles qui l’avait hanté durant son enfance revinrent en boucle, s’imposèrent et devinrent réalité.
Il n’avait que neuf  ans. Il évoluait dans le noir, les bras tendus, tel un aveugle sans canne. Il voulait crier pour exprimer sa peur et son angoisse – pour les exorciser peut-être aussi – mais aucun son ne sortait de sa gorge nouée. On l’avait prévenu pourtant : « Tu ne dois JAMAIS ouvrir cette porte. Sinon tu erreras dans un dédale sans fi,  et hanté par les spectres du château ».
On lui avait dit mais il n’avait pas écouté… Maintenant il était seul et perdu à jamais.
Soudain il frôla quelque chose du bout des doigts. Prudent, il avança d’un pas et comprit qu’il se trouvait face à un mur. Il le longea à tâtons dans l’espoir de trouver une porte de salut…
Puis tout alla très vite. Là, tout près de lui, au ras du sol, il distingua un faible filet de lumière. Haletant, il accéléra le pas et sa main heurta une poignée. Il ouvrit la porte.
Aussitôt, il fut ébloui par la clarté de la pièce qui ressemblait à celles du château illustré dans son livre préféré. Les murs en pierre, couverts de toiles d’araignée et effrités par le temps, avaient déposé au sol de la poussière et des gravats. Quand il vit la fenêtre d’où venaient les rayons du soleil, il reconnut avec effroi l’endroit qui l’avait terrifié la veille sur le petit écran. Sa  peur s’amplifia quand il se rappela les paroles du commentateur : « Jamais personne n’en est sorti vivant ».  Le hurlement emprisonné jusqu’alors dans sa poitrine s’échappa enfin. Terrifiant et suppliant !
Puis il appela sa maman de toutes ses forces en un long cri désespéré.
– Jean, mon petit Jean… Ne pleure pas voyons !  Ce n’est qu’un mauvais rêve !
A ces mots, les souvenirs s’évanouirent et ramenèrent Jean au présent. S’il était maintenant adulte, la réminiscence de son cauchemar d’enfant  le mit mal à l’aise. Il n’avait jamais eu le courage d’entrer dans « la pièce interdite » et savait qu’aujourd’hui encore il n’en aurait pas l’audace. A aucun moment il n’avait osé demander à sa mère ce qui s’y trouvait. Elle emporterait bientôt avec elle son secret.
Il en était là de ses réflexions, quand il sentit une douce pression sur sa main. Il se tourna vers sa mère. Elle le regardait avec tendresse. Aux mouvements de ses lèvres, il  comprit qu’elle voulait lui parler. Il se pencha vers elle et écouta ses dernières paroles :
« Tu dois franchir le pas, Jean ! Tu dois oser. Ce n’est qu’une ouverture,  tu comprends ? Une ouverture sur le monde et sur la vie ! C e qui est important ce n’est pas ce que tu trouveras  derrière la porte… mais ce que tu en feras ».
©Jos Gonçalves le 10 mai 2019

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