REHABILITATION D’UNE VILLE ASSIEGEE

Ce texte est ma participation à l’atelier d’écriture n°278 du 2 octobre 2017 sur Bric à Book

©Karine Minier

Du haut du mont Trebevic, Dejan regardait le paysage avec tristesse. Si la vue impressionnante de Sarajevo lui rappelait l’heure de gloire qu’elle avait vécue, elle ne parvenait pas à effacer les souvenirs terribles de la guerre dont elle avait été le théâtre.

Ici, il avait connu le meilleur et le pire. Lors des JO de 1984, il avait assisté à la renaissance de sa capitale et à l’édification du site olympique qui s’étalait de la ville aux collines qui l’entouraient.

Le stade Koševo, avait été rénové pour accueillir la cérémonie d’ouverture des Jeux. A proximité, la salle Zetra avait été conçue pour les épreuves de hockey sur glace et de patinage artistique ainsi que pour la cérémonie de clôture. Les monts qui encerclaient Sarajevo avaient été aménagés pour accueillir les courses de ski, les épreuves nordiques et celles de ski de fond et de biathlon. Enfin une piste de bobsleigh et de luge longue de 1 300 mètre avait été créée sur le mont Trebevic.

A travers cet événement le pays se sentait enfin reconnu et affichait fièrement son caractère cosmopolite aux yeux du monde entier. Dejan ne  savait pas encore que cette symbolique serait la cause d’une terrible guerre et que sa montagne familière et protectrice deviendrait menaçante et maudite. Il ne se doutait pas que sur les terrains de sport se joueraient de funestes spectacles, que Zetra accueillerait une morgue dans son sous-sol, que les podiums serviraient de pelotons d’exécutions et que la piste de Bobsleigh ferait office de tranchée.

Il détourna le regard de la ville et s’avança sur le ponton de la piste dont les virages courbes avaient été utilisés comme positions défensives des forces bosniaques et sur laquelle restaient encore les impacts de balles et les trous d’obus. Le sillon de béton qui parcourait la montagne n’était autre que la cicatrice béante de Sarajevo. Pourtant, en voyant les graffitis qui couvraient la voie grise et la jalonnaient de couleurs vives, une lueur d’espoir le traversa. Ainsi, l’endroit n’était pas abandonné de tous et devenait le lieu de prédilection d’artistes et de graffeurs locaux. L’image de l’horrible cicatrice s’estompa peu à peu et se réduisit en une longue égratignure d’enfant sur laquelle une main maternelle avait posé des pansements colorés et distrayants pour en atténuer la douleur.

Comme pour renforcer son espérance, des cyclistes débouchèrent joyeusement de l’orée du bois, s’approchèrent du ponton et le saluèrent. Ils étaient jeunes, gais et paraissaient déterminés. Ils étaient tous munis de casques et l’un d’eux avait fixé sur le sien une caméra miniature. Tandis qu’il en vérifiait le fonctionnement, un autre contrôlait la bonne réception des images sur son écran. Rassurés par le résultat de leur examen, ils se saluèrent tous d’un check amical et trois riders se positionnèrent en file indienne à l’entrée du conduit. L’appareil de prise de vue fut mis en marche et aussitôt le premier s’engagea sur la piste, suivi de près par les deux autres. Ils ne furent bientôt plus que des points minuscules dévalant à grand vitesse le versant de la montagne.

Dejan n’en croyait pas ses yeux ! Non seulement les jeunes Sarajeviens se réappropriaient ce lieu abandonné et maudit, mais ils voulaient le faire renaître et montrer à tous leur détermination à tourner la page sur le passé.

Leur vidéo postée sur les réseaux sociaux et vue par des milliers d’internautes témoignait de la beauté du site et de son histoire et détruisait enfin l’image de Sarajevo, ville assiégée et martyre.

©Jos Gonçalves le 2 octobre 2017


 

18 réflexions sur “REHABILITATION D’UNE VILLE ASSIEGEE

  1. Leiloona 2 octobre 2017 / 20 h 39 min

    Oh ben ça alors ! 😮 Excellent le coup de la piste !

    Sinon j’aurais voulu avoir cette image : « L’image de l’horrible cicatrice s’estompa peu à peu et se réduisit en une longue égratignure d’enfant sur laquelle une main maternelle avait posé des pansements colorés et distrayants pour en atténuer la douleur. » Superbe ! ♥

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    • Josplume 2 octobre 2017 / 22 h 36 min

      Merci Alexandra, ton commentaire me touche ! J’ai très vite pensé à une cicatrice, mais mon côté « positif/optimiste » l’a transformé en cette égratignure colorée… Merci encore de ta visite et à tout bientôt !

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  2. Nady 2 octobre 2017 / 21 h 26 min

    Beaucoup d’espoir dans ton texte. Le passage cité par Leiloona m’a aussi touché.
    Bon déménagement miss, n’oublie pas entre 2 voyages d’inviter tes amis pour le 4 et me transmettre le ou les clichés sur lesquels tu veux lire ma belle. Des bisous musclés

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    • Josplume 2 octobre 2017 / 22 h 41 min

      Oui, oui, je compte regarder cette semaine et t’envoyer tout ça début de semaine prochaine ! Je ne t’oublie pas Nady 😉
      Merci de ta lecture !

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  3. Antigone 3 octobre 2017 / 17 h 36 min

    En lisant ton texte, j’ai aussi pensé à Tchernobyl et à ses paysages aujourd’hui magnifiques (mais dangereux eux)… merci pour ce texte très visuel !!

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    • Josplume 3 octobre 2017 / 18 h 51 min

      Oui ! Moi aussi j’ai pensé à Tchernobyl…et à une autre photo de l’atelier (le N° 238 en octobre de l’année dernière)…Des photos qui ne laissent pas indifférents. Merci pour ton commentaire Antigone.

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  4. Valérie 3 octobre 2017 / 18 h 02 min

    Un chouette texte faisant référence au passé noir de Sarajevo de manière très crédible mais est plein d’espoir pour l’avenir. On a très envie d’y croire avec toi. Personnellement j’arrive rarement à trouver des infos sur la photos alors je me laisse guider sans repère…
    Pour le 4 c’est réservé à certains ou…? Juste pour en savoir plus. Merci

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    • Josplume 3 octobre 2017 / 18 h 47 min

      C’est intéressant de voir comme chaque participant à l’atelier appréhende l’exercice de façon différente. En général, j’aime et j’ai besoin de faire des recherches sur le lieu ou l’histoire de ce qu’elle représente. En fouinant sur interne, j’ai trouvé la vidéo de ces 3 cyclistes (dont j’ai mis le lien dans mon texte) et j’ai voulu m’en inspirer…
      Pour le 4 c’est ouvert à tous et à toutes bien-sûr et tu seras la bienvenue évidemment !!
      Je pense que Leiloona va en parler plus longuement très prochainement. Alors surtout, n’hésite pas à te joindre à nous !!
      Un grand merci pour ta visite sur mon blog et pour ton commentaire !

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      • Valérie 3 octobre 2017 / 22 h 14 min

        Merci pour info.bonne fin de semaine

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  5. Valou076 4 octobre 2017 / 21 h 17 min

    Bravo pour ton travail de recherches sur cette sombre histoire, que je ne connais que vaguement, et la retranscription personnelle à partir de cette vidéo qui est complètement folle.
    Je suis toujours effarée par ces sites de JO construits parfois en ruinant des nations, pour finir à l’état de ruines en un temps record.

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    • Josplume 4 octobre 2017 / 22 h 57 min

      Oui la décadence de ces sites est souvent proportionnelle à leur grandeur…et après l’euphorie, le dur atterrissage ! Merci Valou076 d’être passée me lire !

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  6. thontine1 5 octobre 2017 / 8 h 57 min

    Bravo de l’espoir naît dans ton écriture depuis une photo très belle mais très triste

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  7. janickmm 7 octobre 2017 / 9 h 12 min

    Impressionnant ce passé, terrible guerre, et puis encore du sport au creux de ce sillon de béton, toujours là, encore là !

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    • Josplume 7 octobre 2017 / 17 h 32 min

      Terrible guerre oui, et pourtant la jeunesse reprend ses droits sur les vestiges qu’elle a laissés… Une sorte de revanche en somme ! Merci de ta visite Janickmm.

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